19.09.2009
AUBE, la saga de l'Europe 250
Il suivait l’escorte à distance. Il n’avait pas mis longtemps à la rattraper après son somme. Voilà environ deux pas de Sawel qu’il maintenait le même intervalle entre eux. L’étroite piste était idéale pour sa traque. Au moindre bruit suspect, il se réfugierait dans les sous-bois, peu denses. Il les emprunterait quand il voudrait la dépasser en secret. Il avait déjà repéré, sur l’étroit chemin, des rétrécissements, des étranglements, à peine assez larges pour laisser passer un chariot. Même longs de quelques pas, ils convenaient à ses desseins, surtout ceux où deux arbres jumeaux entrecroisaient à faible hauteur leurs branches parasitées de gui ou de lierre.
Il faillit se laisser surprendre par la brusque halte. Quelle idée de s’arrêter alors qu’un bon moment encore restait à courir avant que le soleil n’entre en septentrion ! Il prit un chemin de traverse. Cette halte tombait à pic. Il aurait tout le temps pour tendre son piège et trouver le meilleur endroit pour se poster en embuscade. Il revint, sitôt assuré de passer inaperçu, sur la piste principale. Il y chevaucherait jusqu’au coucher de l’astre du jour. Il choisit son endroit pour être sûr d’être réveillé par le premier rayon de soleil. Il devrait partir tôt et aller à pas lents, jusqu’à ce qu’il trouve le lieu idéal pour guetter sa victime... fondre sur elle.
Il était content de lui. Il serait auprès de Kleworegs le lendemain, au milieu ou en fin de l’après-midi. La halte choisie par le roi avant de pénétrer dans la forêt était idéale. Le sommeil le prenait. Il s’y installa. Il se versa une grande gorgée de l’hydromel du maquignon. Il était sur. Quel dommage de n’avoir cassé que deux dents à ce pourri !
Il n’y avait plus que quelques enrhumés. L’on n’attendrait pas qu’ils soient guéris pour repartir. Il n’y eut guère de protestations, sauf celles de deux vétérans bien enchifrenés. Ils auraient volontiers dormi plus longtemps. Leurs reniflements leur donnaient un ton nasillard et geignard. Il ne leur faisait guère honneur. Leur aspect était à l’unisson. Il soupira. Qu’ils restent près du feu, pourvu qu’ils l'aient rejoint avant le soir !
Il était parti depuis plus d’un pas du soleil. Il faisait avancer son cheval au pas, regard fixé vers les branches fortes dominant la piste. Beaucoup lui plaisaient, solides et bien placées... Aucune ne répondait à son désir de discrétion. Il devait être caché au-dessus du chemin emprunté pour tomber sur sa victime et l’abattre avant que son escorte ne réagisse. Toutes celles où il aurait pu se jucher auraient plutôt souligné sa présence. Il continua. Rien, encore rien, toujours rien. Elles le laissaient toutes à découvert ; les enchevêtrements qui l’auraient caché étaient trop fragiles ou trop haut. La lisière de la forêt n’allait plus tarder à apparaître. Il fallait qu’il trouve, pourtant.
Si ce passage pouvait convenir ! Il était étroit, et barré par une racine sortant du sol, assez haute pour obliger un cheval à la passer en levant les pattes. Ils ralentiraient pour le franchir. Il n’y aurait pas de meilleur endroit pour frapper. Hélas, les brindilles entortillées le surmontant, idéales pour cacher un homme, ne tiendraient pas quand il voudrait s’élancer. Il ne pourrait fondre sur son ennemi comme l’oiseau de proie. Il serait plutôt oisillon tombant du nid.
Il sauta par dessus la racine et se retourna vers le fragile entrelacs. Maudit soi/... Il avait parlé trop tôt. Juste au-dessus était une branche solide, d’où il prendrait son élan quand il sauterait sur la monture de son ennemi, pour lui trancher la gorge.
C’était la configuration idéale, tant souhaitée, tant cherchée. Les ramilles le cacheraient de la troupe survenant l’âme en paix, chacun assuré de sa sécurité. Il réexamina sa cachette. En regardant en l’air sous un certain angle, on se rendait compte d’une présence éventuelle. Il haussa les épaules. Ils surveilleraient les sous-bois, non les airs. Il monta sur l’arbre et se coucha sur la branche. Il pouvait se reposer et même somnoler un peu. L’escorte était assez bruyante pour le réveiller. Il n’en fit rien. Sa vigilance l’aurait tenu les yeux ouverts, eût-il veillé une main de nuits.
10:14 Publié dans Europe, Livre, Loisirs/Culture, Roman | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ancêtre, aventure, écrivain, épique, épopée, europe, européen, feuilleton, fresque historique, histoire
01.09.2009
AUBE, la saga de l'Europe 249
Il s’était posé les mêmes questions, avait fait les mêmes déductions. Son voleur oublié, seuls importaient le roi du Joyau et ses hommes. Il suivrait leur piste dès le point du jour. Il dormirait en attendant. Bien reposé, il parcourrait une plus longue étape. Il serait le soir à très courte chevauchée de qui il cherchait.
Il se fit un lit de branchages – le sol était mouillé – et se couvrit de son épaisse peau de loup. Le froid ne put rien contre lui. Ses montures coupaient le vent. Leurs flancs fournissaient une agréable chaleur. Il s’assoupit sans tarder.
L'escorte avait pris la grande trouée. Il retourna auprès de son cheval dormant déjà. Il l’aurait volontiers imité jusqu’au coucher du soleil. Le devoir primait. Son somme serait très bref. Au besoin, il somnolerait dessus. Il devait à un moment quelconque la rattraper et passer devant.
Il avait eu un signe en revenant près du coursier. Un milan fondait du ciel sur sa proie. Il avait remercié les dieux. Sa seule chance d’atteindre son ennemi était le guet-apens. Frapper, tuer, et... Ils savaient ce qui lui arriverait ensuite. Il s’en remettait à eux.
Il dormit tranquille. À son réveil, frais et dispos, le soleil était à mi-course vers son plus haut. Son poursuivant était en route depuis l’aube, dernier de ses soucis.
La chevauchée continua. L’escorte avançait parmi les arbres dont les dernières feuilles tombaient, malgré une résistance désespérée et inutile. Les rares à survivre mourraient au printemps, tuées par la sève nouvelle. La seule tache verte restait les immenses bois de résineux, refuge des loups et autres mange-miel. Cette partie de la forêt était plus calme. Les fauves ne trouvaient que maigre pitance dans l’immense futaie au sol de feuilles pourrissantes.
La piste, sans être large, aurait permis à deux chariots, sauf en quelques passages étranglés, de se croiser avec un minimum d’efforts et de bonne volonté. Elle n'autorisait pas pour autant une longue halte. Il fallait, pour trouver un gîte parfait, où les montures se débanderaient et paîtraient tout à leur aise, parvenir à une clairière naturelle, bien élargie par les nombreux voyageurs. Elle donnerait l’hospitalité idéale. Ils pressèrent le pas. Ils arrivèrent, bien avant ciel rouge, dans d'anciens essarts où passer la nuit. Il faisait un peu meilleur. Ils prendraient un sommeil réparateur. Ils se présenteraient fiers et fringants. Quelle allure auraient-ils sinon, tout couverts de belles fourrures et équipés d’armes de héros qu’ils étaient, goutte au nez et reniflant ? Que chacun se repose jusqu’à santé revenue !
09:25 Publié dans Europe, Livre, Loisirs/Culture, Roman | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ancêtre, aventure, écrivain, épique, épopée, europe, européen, feuilleton, fresque historique, histoire


